
Les Alphabets de la Shoah
Survivre, témoigner, écrire
CNRS Éditions, 2007 — rééd. coll. Biblis (poche), 2013.
Préface d'Annette Wieviorka, postface de Rachel Ertel. Sur les écrivains-témoins de la Shoah.
Maître de conférences de littérature et de cinéma à l'Université Paris 7 – Denis Diderot, aujourd'hui retraitée. Ses recherches portent sur la littérature de témoignage et l'écriture de l'Histoire au XXe siècle : la Shoah, l'exil et les mondes juifs de la Méditerranée.

De Casablanca à Paris
Née le 30 septembre 1946 à Casablanca, Anny Dayan Rosenman grandit dans une maison où l'on parle français – à l'école comme à la table familiale –, sauf avec la grand-mère, dont la langue est l'arabe.
Elle gagne la France pour ses études : hypokhâgne à Versailles en 1965, puis lettres à la Sorbonne et à l'Institut hispanique, où elle obtient une licence et une maîtrise de littérature hispanique en 1969. Ses parents quittent le Maroc pour Paris en 1967, alors qu'elle y étudie déjà. Étudiante, elle prend une part active au mouvement de Mai 68 — représentante des étudiants d'espagnol et de l'ensemble des étudiants de lettres à la commission paritaire de sa section.
De 1969 à 1974, elle vit en Israël, séjournant un temps au couvent Notre-Dame de Sion, à Ein Karem. Elle y participe à la création d'un comité de soutien aux Panthères noires israéliennes — ces jeunes Juifs séfarades et mizrahim qui s'organisent contre les discriminations dont ils sont l'objet dans la société israélienne. C'est là, en décembre 1973, qu'elle rencontre Izio Rosenman, alors de passage en Israël ; ils se marient le 30 juillet 1974.
De retour en France, elle obtient l'agrégation de lettres en 1975 et enseigne plusieurs années dans le secondaire — en collège d'enseignement technique, en collège et en lycée (dont le lycée Buffon). Elle reprend ensuite des études de cinéma — licence et maîtrise d'études cinématographiques (vers 1991) — et soutient en 1995 une thèse de doctorat, Deuil, identité, écriture. Les traces de la Shoah dans la mémoire juive en France (sous la direction de Denise Brahimi), à l'origine de Les Alphabets de la Shoah. Elle est recrutée l'année suivante comme maître de conférences à l'UFR Lettres, Arts et Cinéma (LAC) — à l'époque Sciences des Textes et Documents — de l'Université Paris 7 – Denis Diderot, où elle a enseigné la littérature et le cinéma du XXe siècle. Elle est aujourd'hui à la retraite.
Son enseignement et sa recherche portent sur les modalités littéraires de l'écriture de l'Histoire : le témoignage, et le rôle des mémoires traumatiques dans la construction des identités collectives. Elle consacre trois livres et de très nombreux articles aux rapports complexes entre l'écriture et la Shoah, comme entre l'écriture et l'exil – lisant Primo Levi, Romain Gary, Georges Perec, Patrick Modiano, Elie Wiesel, Piotr Rawicz ou Albert Memmi.
De 1998 à 2002, elle conduit avec les historiens Lucette Valensi et Michel Abitbol, à l'École des hautes études en sciences sociales, un séminaire intitulé « Juifs du Maghreb et de Méditerranée ». Avec Izio Rosenman et Barbara Oudiz, elle fonde les rencontres Livres des mondes juifs et diasporas en dialogue (2008–2015), qui réunissaient chaque année écrivains et penseurs autour des cultures juives et de leurs diasporas. Elle est engagée de longue date dans le dialogue judéo-arabe et israélo-palestinien et dans plusieurs associations.
Elle achève un roman inspiré de sa propre histoire : une enfance juive à Casablanca, le départ après la création de l'État d'Israël et les guerres du Proche-Orient, l'exil.

Littérature et cinéma du XXe siècle
Au sein de l'UFR Lettres, Arts et Cinéma (LAC) de l'Université Paris 7 – Denis Diderot, son enseignement a porté sur la littérature et le cinéma du XXe siècle : les écritures du témoignage, les rapports entre littérature et Histoire, et les formes filmiques de la mémoire – de Shoah de Claude Lanzmann aux fictions de l'après.
Sa recherche explore les modalités littéraires par lesquelles s'écrit l'expérience de la Catastrophe et de l'exil, et la manière dont les mémoires traumatiques façonnent les identités collectives. Elle a dirigé des travaux de doctorat dans ce champ et continue d'y contribuer par ses livres, ses articles et les rencontres qu'elle anime.
Ouvrages écrits et dirigés

Survivre, témoigner, écrire
CNRS Éditions, 2007 — rééd. coll. Biblis (poche), 2013.
Préface d'Annette Wieviorka, postface de Rachel Ertel. Sur les écrivains-témoins de la Shoah.

Éditions Bouchène, 2004 — réédition Cairn, 2022.
Issu du colloque international et interdisciplinaire tenu à Paris en novembre 2002, sur les traces littéraires et mémorielles de la guerre d'Algérie.

Piotr Rawicz et la solitude du témoin
Éditions Kimé, 2013.
Sur Piotr Rawicz, auteur du Sang du ciel, et son témoignage.

Revue Textuel n°43, Université Paris 7, 2003.
Recueil sur la figure du survivant comme écrivain.
CNRS Éditions · Bleu autour · Cairn · Persée
La Trêve ; le retour et le témoignage.
La judéité, les figures de la mère et du père.
W ou le souvenir d'enfance ; l'écriture de la Shoah.
La figure du père, l'Occupation, l'enquête.
Le témoin et le conteur.
Le Sang du ciel ; la solitude du témoin.
L'exil, la décolonisation, l'engagement.
L'écriture du père ; le statut des Juifs sous l'Occupation.
Contributions à des ouvrages collectifs, dictionnaires et encyclopédies
Co-fondatrice de ces rencontres parisiennes avec Izio Rosenman et Barbara Oudiz, et modératrice de nombreuses séances : des dialogues entre écrivains, philosophes et historiens — d'A. B. Yehoshua à Élisabeth de Fontenay, d'Aharon Appelfeld à Rachel Ertel — autour des littératures juives et de leurs diasporas. Les rencontres se sont tenues sous l'égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Site du festival →
Cycle de conférences conçu et conduit au Collège de France, sous l'égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah : du scribe au témoin, de Modiano à Daniel Mendelsohn.
Colloque conçu et dirigé à l'Université Paris-Diderot, réunissant scientifiques et chercheurs — Jean-Claude Ameisen, Axel Kahn, Karl-Léo Schwering, Élisabeth Azoulay — autour des limites et des frontières de l'humain.
Colloque organisé au Mémorial de la Shoah ; sa communication portait sur les femmes dans les camps.
Colloque international et interdisciplinaire codirigé avec Lucette Valensi, réunissant historiens et écrivains — Mohamed Harbi, Pierre Vidal-Naquet, Leïla Sebbar, Daniel Rivet, entre autres.
Conduit à l'EHESS avec les historiens Lucette Valensi et Michel Abitbol, autour des cultures juives méditerranéennes, de leurs langues et de leurs mémoires.
Colloque codirigé avec Carine Trévisan à l'Université Paris 7, sur la figure du survivant comme écrivain.
Une intellectuelle engagée